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Trois histoires de thé (2) — Paradis Chinois

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Les récits que je propose ici n’ont rien d’historique. Ce sont surtout des légendes décorées par mon imagination. Comme tout ce qui appartient au passé rêvé, elles ont pour elles la véracité qu’on leur donnera. Mais il est parfois si agréable que l’histoire puisse être vraie qu’il importe peu qu’elle le soit vraiment. Le pavillon céleste Il est dit que dans des temps reculés, les lettrés chinois avaient pour coutume de se retrouver dans des pavillons reclus au fond de la montagne. Le chemin qui y mène est parfois bien difficile. Plusieurs heures de marche et de grands périls peuvent attendre le courageux lettré. Enfin, au détour d’un ravin ou d’un sous-bois de bambous, il découvre la cabane isolée qui a vu sur le lac ou le ciel. En entrant dans le pavillon, le lettré abandonne ses querelles politiques et personnelles. Le monde des hommes est mis de côté. Reste les coeurs francs et la pensée haute.   Les participants ont avec eux un grand pinceau en poil de ya...

Trois histoires de thé (1) — La drogue bouddhique

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Les récits que je propose ici n’ont rien d’historique. Ce sont surtout des légendes décorées par mon imagination. Comme tout ce qui appartient au passé rêvé, elles ont pour elles la véracité qu’on leur donnera. Mais il est parfois si agréable que l’histoire puisse être vraie qu’il importe peu qu’elle le soit vraiment. La drogue bouddhique Il est dit que Bodhidharma, père du bouddhisme zen, décida un jour de méditer face à un mur pendant neufs ans et cela sans dormir. Un jour cependant, ses paupières se firent si lourdes qu’il finit par les fermer. À son réveil, il s’en prit à lui-même et maudit sa faiblesse. Pour ne plus jamais refaire une telle erreur, il arracha ses paupières et les jeta au sol. Alors, du sol même jaillit la première pousse de thé. Les disciples de Bodhidharma en firent une boisson en écrasant les feuilles et la servirent au maître. Ainsi, jamais plus il n’eut à craindre que le sommeil le saisisse lors de ses méditations. Dans les temples chinois de ...

Essentiel n’est pas Japonais

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Notes avant le départ pour Awaji. Depuis au moins Napoléon III, sinon depuis les pères Jésuites, le Japon est un pays qui attire le regard occidental. C’est aussi un pays qui aime être regardé. Vous croiserez rarement un Allemand qui vous dit sans cesse, « ça, c’est très allemand ». Par contre, il y a toujours quelques Japonais (ou un amateur de « Japonité ») qui ne cessera de vous dire : « ça c’est très japonais, ça c’est le vrai Japon. » Pour tous ces fans du pays du soleil levant version manuel scolaire, il ne faut pas seulement apprendre le Japonais, il faut aussi apprendre le Japon . Le myth d’un Japon connaissable Dans Qu’appelle-t-on penser ? Martin Heiddeger écrivait :  «  Qu’est-ce qu’apprendre ? C’est faire, que ce que nous faisons et ne faisons pas soit l’écho de la révélation chaque fois de l’essentiel. Nous apprenons la pensée en prêtant attention à ce qui exige d’être gardé dans la pensée.  » En (très...

Une vieille leçon de détente…

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Camellia sinensis traumans — Le thé qui fait peur La cérémonie du thé a aujourd’hui l’image d’un art traditionnel guindé, stressant, hautain et bouffis de tant de règles qu’un empereur ne saurait s’y tenir…bref : c’est un art de snob. Pour cette raison et pour quelques autres, c’est aussi devenu un art de vieux. L’autre jour, je rencontrai une jeune australo-japonaise. Quand je lui ai dit que je pratiquais le thé, elle m’a répondu avec un air un peu narquois : « ma grand-mère [japonaise] adorerait ça ». Ou encore : je me souviens avoir demandé à des élèves expérimentés de mon école au Japon ce qu’ils ressentaient quand ils faisaient une cérémonie. Ils m’ont répondu : « de la peur ». On abuse rarement de thé...mais on abuse parfois à son propos J’ai déjà dit précédemment que la multiplication des règles dans la cérémonie du thé l’avait certainement rendue plus belle. Mais elle l’a aussi rendue plus anxiogène. Et il n’en a pas toujours été ai...

Habiter et partir

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Rendre hommage au lieu Cela fait presque deux ans que j’ai commencé à étudier la cérémonie du thé. Plus qu’une étude, c’est devenu une question pratique, esthétique et même éthique. J’ai commencé à pratiquer le thé dans le pavillon de mon maître mais aussi un peu partout et sans matériel : dans le métro, dans un park à Omotesando et même au sommet d’un temple d’Ayutthaya en Thaïlande. L'une des toutes premières versions du pavillon Rapidement, ma chambre parisienne s’est vidée de tout le superflu. J’ai installé des nattes au sol puis des tatamis. Une planche m’a servi de tokonoma (d’alcôve), quelques autres cachent des prises. J’ai eu le loisir de penser chaque détail.  J’aimerais ici rendre hommage à ce lieu. Cette chambre où j’ai grandi et où je ne me suis jamais vraiment senti chez moi, j’ai essayé d’en faire mon espace, celui dans lequel je pourrais accueillir mes amis comme je souhaiterais qu’ils m’accueillent. Aucun lieu sans doute ne m’a autan...

L'art d'offrir du temps

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Dans la cérémonie du thé, la lenteur est appréciée. L’hôte doit savoir exactement ce qu’il fait afin de toujours utiliser les objets avec soin et traiter les invités avec attention. On pourrait penser qu’il s’agit là simplement d’une esthétique chorégraphique. Mais ce qui se joue ici, je crois, concerne ce qui fait une certaine définition planétaire « l’homme vertueux ». Le don comme vertu Moine Zen du village de Sasama Que ces hommes soient prêtres ou guerriers, mages ou mendiants, ils partagent la capacité de donner, sans crainte de l’avenir. Ainsi, Saint-Martin, pris dans le gel du désespérant hivers, déchire quand même son manteau en deux pour le partager avec un vagabond. Dans la même veine, les récits bouddhiques parlent d’un moine Zen qui, rencontrant un voleur chez lui et, le voyant bredouille face à sa décoration (pour le moins minimaliste), lui offre toute sa tunique et même sa nourriture en soupirant : « j’aurais aimé te donner la Lune si je le p...

Setsu Junji — Entre terre et esprit

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Quand j'étais encore au Japon, j'ai pu observer l'incroyable travail de Setsu Junji à la galerie de Robert Yellin . Ces deux poèmes ont été écrit pour un vase qui ressemble beaucoup à celui sur la photo. La version originale est en anglais et il ne s'agit ici que d'une traduction. Vous pouvez retrouver cette première version en passant sur le site anglais . J'espère qu'une seule photo et ces quelques lignes vous donneront l'envie d'aller voir ces oeuvres en chaire et en os....je veux dire "en terre et engobe"... (c) R. Yellin Quand les volutes noires se déploient dans un blanc silence, la matière même hésite entre l'encre, la fumée et le nuage.  Et pourtant, ce moment précis, au delà du réel et de l’abstrait, existe ici même dans l’argile et la patine, sans mouvement préalable ni suivant. La forme danse, immobile — Immobile dans le silence du temps. *** La forme noir nous parle de notre esprit. C’est la tâch...

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