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Affichage des articles associés au libellé Chanoyu

Parfum de Japon

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Melodie de bois Je me souviens encore mon premier voyage à Kyoto. C’était un mois de juillet. Un jour, alors que quelques pluies éparses balayaient les arbres et rafraichissaient l’air, j’entrais dans l’enceinte du Nanzenji, un célèbre temple de Kyoto  La grande porte aux piliers de bois noircis exhalait un parfum proche de l’encens et de la mousse des forêts. Une note de tête pétillante et émue qui emplissait du nez au cil comme des larmes de bonheur. Puis une vague terreuse, la note de cœur, fraîche et légère comme une brise parmi les chênes. Et enfin, pour la note de fond, cette profonde expiration du bois tranché, note grave et riche, râpeuse sur le palais, caressante pour le nez.  Je n’ai jamais oublié ce parfum du Nanzenji. Pour moi, il caractérise le Japon central. Je crois en avoir souvent parlé ici, il me fallait bien, un jour, lui rendre parfaitement hommage. Incomplète histoire du parfum Tanizaki disait de l’esthétique japonaise qu’elle j...

La terre parle

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Harmonium de feuilles En arrivant dans un pays, je remarque toujours la végétation. Il y a la luxuriante végétation thaïlandaise qui inonde les moindres craquelures de Bangkok, végétation au teint sombre et humide, reposée dans sa confortable et increvable puissance. Et puis il y a la végétation écossaise, brisée comme de la foudre, aux reflets gris de roc, aux bois obscures et aux feuillages crochus.   Je connaissais le Japon central, la douceur de ses montagnes aux formes soyeuses et aux feuillages duveteux. En arrivant en Corée, les variations de couleurs se firent immédiatement plus chaotiques. Ce n’était plus la délicate patte d’encre diluée dans l’eau des typhons mais une immense fresque dessinée au pinceau sec, des couleurs pastels tracées par traits vifs. Deux pays si proches étaient si différents. Accompagné de ces quelques premières remarques, je notais que les bois de construction en Corée sont bien plus clairs que les bois Japonais mais qu’ils ont b...

Esthétiques et politiques

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L’homme de thé l’apprend vite : un vase au long col de grès noir impose une présence bien différente qu’un simple bambou ouvert et rafraichissant. Pourquoi organiser une salle presque vide ? Simplement pour laisser plus de place à l’imagination ? Tout objet occupe l’esprit. Les puissants de ce monde, eux, l’ont toujours compris, d’une manière ou d’une autre. Le « beau » est une sensibilité qui varie avec les cultures et les modes. Changer notre conception du beau, de l’agréable, c’est changer notre approche du monde. Esthétique est politique L’époque Momoyama, sorte de Renaissance japonaise consommée en une petite quinzaine d’année est connue aujourd’hui comme le « règne » esthétique de Sen no Rikyu. L'homme qui voulait que chacun se courbe en entrant dans un pavillon mettait à l'honneur la modestie des biens, les couleurs sombres et la simplicité rustique. Certains disent que Hideyoshi Toyotomi, le grand seigneur de l’époque, soutint Rikyu ...

Mujuan : Le ré-usage du monde

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Ce que nous laissons derrière nous Les écorces tombées, les troncs morts, les murs délabrés et les sacs perdus jonchent l’île de Awaji. En venant ici, on m’a mis dans les main les clés de Mujuan , un pavillon de thé aussi abandonné que l’île. Le tremblement de terre de 1995 a aussi sérieusement ébranlé les deux salles et l’immense jardin. Un jeune débutant comme moi ne devrait pas prétendre ouvrir son propre pavillon, mais quel maître irait s’installer dans la demeure d’un autre, qui plus est, une demeure abandonnée ? Auguste Comte disait que « les morts gouvernent les vivants ». Ils sont la cause de notre naissance, notre monde est le résultat de leurs actes. Nous naissons dans des ruines — palais et forêts qui sont le fruit de la volonté de nos ancêtre. Quelqu’un d’autre a fait pousser ce que nous récoltons aujourd’hui. Pourtant nous aimons le neuf. Nous aimons qu’un objet ait été fait pour nous. Nous aimons en être le premier possesseur, le seul destina...

En préparation

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Focus La nuque se redresse, les paupières se rapprochent, les yeux se referment sur un point invisible. C’est le bol à venir. Le dos se redresse, la colonne s’aligne, les bras se détendent et le pas se fait droit. Le chemin vers le pavillon se dessine.   Lorsqu’un grand évènement approche, ces sensations peuvent arriver plusieurs semaines en avance. Tout mon corps se tend. Il n’y a ni lieu pour la confiance, ni lieu pour le doute. La confiance est ennemi de la perfection, le doute est ennemi de l’action.   Tout ce qu’il reste à faire, c’est bander l’arc, le regard rivé sur la cible. Trop de tension et la flèche partira avant que ne commence le jeu. Pas assez et la main tremblera autant qu’une aiguille. Une cérémonie est affaire de saison. Quel plaisir trouver aux fraises si elles sont là même en été ? Accepter que les saisons passent, que des plaisirs différents nous viennent au cours de l’année, c’est un premier pas pour accepter notre condition mort...

La dialectique du maître et du potier

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Vers la fin du voyage C’est la fin de mon expérience.  Le 2 août, je montais une dernière fois à l’atelier Shoraku. Devant moi, Sasaki a cuit les pièces que je lui avait proposé de créer pour lui et sa famille. Puis j’ai choisi   les pièces à emporter à Paris…ou ailleurs… et nous avons fait le thé ensemble, une dernière fois, avec nos bols encore brûlants. Pourquoi ai-je décidé de faire ce voyage ? Pourquoi la céramique encore une fois ? Voilà une question qui n’a pas cessé de me hanter. La liberté de l'esclave Hegel disait que le maître se croit libre parce que l’esclave lui obéit mais que, en réalité, l’esclave apprend à agir sur le monde quand le maître devient chaque jour plus dépendant de l’esclave. La dialectique du maître et de l’esclave, c’est notamment que celui qui est d’abord privé de liberté devient en réalité le plus libre. Le maître de thé achète des pièces qu’il n’a pas faite. Il ordonne des objets dont il n’est pas le créateu...

L’amateur de Chawan #3 : Wabi-sabi et la méditation céramique

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La méditation céramique Un bol dans le style de Chôjiro fait par la maison Shôraku Rien n’est plus immobile que de la terre brûlée. Mais la lumière danse sur les objets céramiques avec un raffinement toujours étonnant. Et ce sont souvent les pièces en apparence les plus imparfaites et simples qui jouent le mieux avec leur environnement. Je crois parfois que c’est de ce rapport spécifique à l’environnement que provient cette esthétique que l’on nomme wabi-sabi :  elle crée ce que j'appelle une nature accueillante . Les arts et leur nature Le cadre lui-même sépare l'oeuvre du monde Le propre d’une bonne partie de l’art occidental (mais aussi oriental) est de dénoter une présence marquée de l’homme. L’art est quelque chose de remarquable , la manifestation d’une intention humaine distingue l’objet de tout ce qui peut être dit naturel. Les couleurs vives, les lignes géométriques, les motifs et dessins pouvant être décrits comme plus ou moins réalistes — c...

Brève du thé # 2 : le thé dans la pratique

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Les septs règles du Thé : « D’abord, préparer un bol délicieux ; placer les charbons de façon à ce que l’eau boue ; arranger les fleurs comme si elles étaient dans un champs ;  en été, suggérer la fraîcheur, en hivers la chaleur ; tout faire en avance ; prévoir pour la pluie et dédier toute son attention à vos compagnons. » — Sen no Rikyu  (qui aimait improviser des bréviaires) Dans toute cérémonie du thé, il y a au moins trois étapes : la purification des ustensiles, la préparation du thé puis le nettoyage des ustensiles. Ce sont là les seules étapes irréductibles qui se retrouvent dans toute pratique du thé (à ma connaissance), même minimale. Qu’est-ce qu’une « cérémonie du thé » ? Décrite le plus sommairement possible, il s’agit d’un évènement organisé par un hôte dans un lieu adéquat ou non avec des invités généralement préparés pour l’occasion. Un certain nombre de codes régissent le comportement de l’hôte et sa façon d...

Brève de thé # 1 La cérémonie du thé c’est quoi ?

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S’il fallait définir la cérémonie du thé simplement, comment faire ?  « Le thé n’est rien d’autre que cela : d’abord faire chauffer l’eau, puis faire le thé et enfin le boire de la bonne façon. C’est tout ce qu’il y a à savoir. » — Sen no Rikyu  (également auteur de centaines d’autres maximes sur le Thé qui rendent celle-ci nettement plus obscure) Entrez dans un monde de simplicité... La cérémonie du thé a pour nom japonais  Sado  ( 茶道 ).  Sado  devrait se traduire par la Voie du thé.  et « Voie » doit ici être entendu au sens fort que les asiatiques donnent à ce terme : comme un chemin pour guider sa propre vie, l’occasion d’une méditation permanente sur la manière de mener sa barque.  Mais la cérémonie du thé est également appelée  chanoyu  ( 茶の湯 ), ce qui signifie « eau chaude du thé ». Les explications de cette seconde dénomination sont nombreuses et je ne me risquerais à en me...

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