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Affichage des articles associés au libellé Sasaki Kyoshitsu

Parfum de Japon

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Melodie de bois Je me souviens encore mon premier voyage à Kyoto. C’était un mois de juillet. Un jour, alors que quelques pluies éparses balayaient les arbres et rafraichissaient l’air, j’entrais dans l’enceinte du Nanzenji, un célèbre temple de Kyoto  La grande porte aux piliers de bois noircis exhalait un parfum proche de l’encens et de la mousse des forêts. Une note de tête pétillante et émue qui emplissait du nez au cil comme des larmes de bonheur. Puis une vague terreuse, la note de cœur, fraîche et légère comme une brise parmi les chênes. Et enfin, pour la note de fond, cette profonde expiration du bois tranché, note grave et riche, râpeuse sur le palais, caressante pour le nez.  Je n’ai jamais oublié ce parfum du Nanzenji. Pour moi, il caractérise le Japon central. Je crois en avoir souvent parlé ici, il me fallait bien, un jour, lui rendre parfaitement hommage. Incomplète histoire du parfum Tanizaki disait de l’esthétique japonaise qu’elle j...

Chakaiki — Nouvelle invitation aux voyages

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Après notre dernière cuisson, Sasaki-sensei et moi avons préparé le thé ensemble. Dans les anciens temps, les hommes de thé avaient pour coutume d’écrire pour eux-même des comptes rendues de leurs cérémonies et des pièces marquantes qu’ils avaient vu. On appelait cela un chakaiki . Voici un chakaiki moderne, avec photos et commentaires. Tokonoma — Bateaux blancs et beautés bleues Ce voyage n’aurait sans doute pas pu se faire sans l’aide d’Alex Kerr, célèbre écrivain américain amoureux du Japon et passionné de calligraphie. En ami de Sasaki, il m’a accepté dans sa maison remplie de trésor, à seulement quarante minute à vélo de l’atelier de Sasaki. Mes jambes se souviendront sûrement de ces 7km en montée incessante que je faisais chaque matin parmi les routes de montagne. Mais mon coeur se souviendra aussi toujours de la générosité d’Alex Kerr. Avant que je ne parte, M.Kerr m’a fait cadeau d’une de ses calligraphies. Il signe ses oeuvres plutôt que...

La création du monde par Sasaki Kyoshitsu

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Sasaki pendant la dernière cuisson à Shoraku Il y a de cela quelques semaines, j’avais demandé à Sasaki-sensei de faire deux bols. Le premier devait être pour son usage personnel, le second pour lui et sa famille. Aucun d’entre eux ne devrait être destiné à la vente. Qu’a-t-il compris de ce que je lui ai demandé ? Je ne le sais pas. Toujours est-il qu’il commença à faire sous mes yeux quatre bols. Il m’expliqua plus tard que c’était pour minimiser les risques de casse, mais chaque bol était différent. L’un des bols fait par Sasaki-sensei pour lui-même me servira ici de conclusion « céramique ». le style du maître Sasaki-sensei est un homme jovial et doux, bon vivant et amoureux des couleurs claires. Il aime les émaux vert brillant, les chaussures d’un blanc craie et les bar à tapas japonais où le saké coule à flot. Un bol raku noir ne semble pas vraiment correspondre à sa personnalité.   Ses créations personnelles le laisse bien transparaître : elles ...

La dialectique du maître et du potier

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Vers la fin du voyage C’est la fin de mon expérience.  Le 2 août, je montais une dernière fois à l’atelier Shoraku. Devant moi, Sasaki a cuit les pièces que je lui avait proposé de créer pour lui et sa famille. Puis j’ai choisi   les pièces à emporter à Paris…ou ailleurs… et nous avons fait le thé ensemble, une dernière fois, avec nos bols encore brûlants. Pourquoi ai-je décidé de faire ce voyage ? Pourquoi la céramique encore une fois ? Voilà une question qui n’a pas cessé de me hanter. La liberté de l'esclave Hegel disait que le maître se croit libre parce que l’esclave lui obéit mais que, en réalité, l’esclave apprend à agir sur le monde quand le maître devient chaque jour plus dépendant de l’esclave. La dialectique du maître et de l’esclave, c’est notamment que celui qui est d’abord privé de liberté devient en réalité le plus libre. Le maître de thé achète des pièces qu’il n’a pas faite. Il ordonne des objets dont il n’est pas le créateu...

Pascali Ceramicum Schizophrania

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Newsletter #4 Pascal en deux pensées Pascal écrivait qu’il existe deux sortes d’esprit : l’esprit de finesse et l’esprit de géométrie. Aucun esprit humain n’est que géomètre ou que fin sans être faux, mais tout esprit a ses penchants. L’esprit de géométrie sait formuler de grands principes généraux et difficiles à appliquer. « Tu ne mentira point » énonce l’esprit géomètre, et il l'applique et les commente avec une rigueur mathématique.   Quant à l’esprit de finesse, il voit dans la société une infinité de petits principes sans les formuler et il les met en pratique naturellement. Par exemple, il sent qu’il faut parfois mentir et parfois vanter. Les esprits géomètres ne raisonnent pas faux mais ils raisonnent à partir de principes inadaptés à la société. Les esprits fins voient bien les principes adaptés mais ils ne sauraient formuler de grands principes qui échappent à leur société. Bref, l’un pense mais ne voit pas, l’autre voit mais ne pense pas. Voir ou ...

Chawan shot : naissance d'un mont

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Naissance d'un mont Sur fond d’émail noir,  une mousse de roche blanche a envahi le bol.  La montagne reprend ses droits.   S’extrayant de l’ombre, elle pétille encore.  Sa forme se cherche et se dilue comme un nuage.  Elle affleure à peine.  Des lueurs rouges miroitent sous la surface  là où la terre n’est pas encore ouverte. C’est un privilège que de saisir une montagne dans sa jeunesse  et de boire en son sein  les premières pousses de thé. Kuro Oribe Chawan par Sasaki Kyoshitsu II

L’amateur de Chawan #3 : Wabi-sabi et la méditation céramique

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La méditation céramique Un bol dans le style de Chôjiro fait par la maison Shôraku Rien n’est plus immobile que de la terre brûlée. Mais la lumière danse sur les objets céramiques avec un raffinement toujours étonnant. Et ce sont souvent les pièces en apparence les plus imparfaites et simples qui jouent le mieux avec leur environnement. Je crois parfois que c’est de ce rapport spécifique à l’environnement que provient cette esthétique que l’on nomme wabi-sabi :  elle crée ce que j'appelle une nature accueillante . Les arts et leur nature Le cadre lui-même sépare l'oeuvre du monde Le propre d’une bonne partie de l’art occidental (mais aussi oriental) est de dénoter une présence marquée de l’homme. L’art est quelque chose de remarquable , la manifestation d’une intention humaine distingue l’objet de tout ce qui peut être dit naturel. Les couleurs vives, les lignes géométriques, les motifs et dessins pouvant être décrits comme plus ou moins réalistes — c...

Savoir et savoir-faire en céramique

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Newsletter #3 Et si nous apprenions à grimper le Mt.Fuji à l'envers ? La sagesse sans savoir « Toute la sagesse du monde ne nous rendra pas sage ». Lors de mon dernier voyage au Japon, je m’étais demandé pourquoi je n’avais pas voulu entrer en thèse de philosophie. Cette question me trottais dans l’esprit depuis plus d’un an. La maxime que j’ai fini par composer est ma réponse : je cherchais dans la philosophie un moyen de devenir sage et j’ai été déçu. Ce n’est pas en accumulant les connaissances sur ce qu’est la vie bonne ou notre société que l’on devient sage. Spinoza disait que nous pouvions contraindre notre volonté par le savoir, mais je crois que cela ne fonctionne pas pour moi et pour beaucoup d’autres.   Pour être sage, il faut le vouloir… mais nulle connaissance ne peut nous apporter cette volonté. Je l’ai compris à nouveau lorsque j’ai recommencé la céramique chez Sasaki Kyoshitsu. J’ai déjà accumulé un grand nombre de connaissance sur les tec...

La responsabilité du céramiste

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Newsletter #2 En céramique, contrairement aux idées reçues, il n’y a pas de repentir : ce qui est fait ne peut être changé. Cela donne un étrange sens des responsabilités. La conséquence du geste. Cette responsabilité commence dès la confection de l’argile, lorsqu’il s’agit de mêler définitivement différentes terres. Puis vient le moment de concevoir les grandes lignes de la pièce qui seront ensuite creusées. Ce gros bout de terre peut sembler anodin mais il décide déjà de toute la structure de la pièce.Dès le premier coup de main, dès le premier contact de la paume, une forme se crée et elle ne pourra pas être défaite. Chaque geste influence toute la pièce. Il n’y pas d’opération chirurgicale pouvant corriger sans dérégler.  Peut-être est-ce pour cela que les gestes des grands céramistes ont l’air si simple : il faut faire vite,  tout former dans un même mouvement et sans avoir à rattraper au vol quelques détails. Cette simplicité est en réalité le f...

Amateur de Chawan #1 : Paysage céramique

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Un mont, un bol et milles images Il y a de cela quelques jours, je regardais un chawan de Sasaki Kyoshitsu  tout en préparant mes propres bols. Le mont Fuji jaillissait dessus en blanc os sur le noir brillant. C'était comme si le mont réapparaissait devant moi dans une nuit d'encre. Il donnait à voir un contraste étrange avec la douce brise de ce début de Juin et son soleil presque sans ombre. Alors je me suis demandé : mais pourquoi le Mont Fuji est-il si fascinant ?  Le mont Fuji est à lui seul un paysage célèbre. Pas besoin de dessiner quoi que ce soit autour, ni même de préciser de quelle face on parle. Sa forme suffit à le faire reconnaître sur les estampes et les affiches publicitaires. La première fois que je suis venu au Japon je n’ai pas vu le mont Fuji et je ne comprenais pas cet engouement des Japonais pour ce qui n’était, après tout, qu’une montagne de taille assez banale. Je pensais alors que les Japonais aimaient leur unique grande ...

Ishin denshin ou le silence qui parle

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Newsletter #1 L’expérience sans mot À l’atelier de Sasaki Shoraku, nous parlons peu. Notre communication passe par les mains, quelques regards et de la pratique. Le rire simple aussi, parfois. Les japonais appellent cela ishin denshin ( 以心伝心 ) : « ce que l’esprit pense, le coeur transmet ». C’est de la communication non-verbale, de la compréhension tacite — c’est-à-dire l’hypothèse d’une compréhension mutuelle. Mais est-il d’ailleurs vraiment besoin de parler ? Passé le moment des explications, chacun est seul devant son établi, en tailleur (pour ceux qui tiennent assez longtemps dans cette position), regardant la montagne qui fait face à l’atelier. Et le travail commence, les pièces s’enchaîne. Mes pièces sont des pièces uniques…parce que je suis bien incapable pour l’instant de « reproduire » un travail. Cela demande des années à vrai dire. Il n’y a pas de méthode vraiment « industriel » mais l’expérience donne un précision peut...

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