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Esthétiques et politiques

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L’homme de thé l’apprend vite : un vase au long col de grès noir impose une présence bien différente qu’un simple bambou ouvert et rafraichissant. Pourquoi organiser une salle presque vide ? Simplement pour laisser plus de place à l’imagination ? Tout objet occupe l’esprit. Les puissants de ce monde, eux, l’ont toujours compris, d’une manière ou d’une autre. Le « beau » est une sensibilité qui varie avec les cultures et les modes. Changer notre conception du beau, de l’agréable, c’est changer notre approche du monde. Esthétique est politique L’époque Momoyama, sorte de Renaissance japonaise consommée en une petite quinzaine d’année est connue aujourd’hui comme le « règne » esthétique de Sen no Rikyu. L'homme qui voulait que chacun se courbe en entrant dans un pavillon mettait à l'honneur la modestie des biens, les couleurs sombres et la simplicité rustique. Certains disent que Hideyoshi Toyotomi, le grand seigneur de l’époque, soutint Rikyu ...

Mujuan : Le ré-usage du monde

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Ce que nous laissons derrière nous Les écorces tombées, les troncs morts, les murs délabrés et les sacs perdus jonchent l’île de Awaji. En venant ici, on m’a mis dans les main les clés de Mujuan , un pavillon de thé aussi abandonné que l’île. Le tremblement de terre de 1995 a aussi sérieusement ébranlé les deux salles et l’immense jardin. Un jeune débutant comme moi ne devrait pas prétendre ouvrir son propre pavillon, mais quel maître irait s’installer dans la demeure d’un autre, qui plus est, une demeure abandonnée ? Auguste Comte disait que « les morts gouvernent les vivants ». Ils sont la cause de notre naissance, notre monde est le résultat de leurs actes. Nous naissons dans des ruines — palais et forêts qui sont le fruit de la volonté de nos ancêtre. Quelqu’un d’autre a fait pousser ce que nous récoltons aujourd’hui. Pourtant nous aimons le neuf. Nous aimons qu’un objet ait été fait pour nous. Nous aimons en être le premier possesseur, le seul destina...

En préparation

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Focus La nuque se redresse, les paupières se rapprochent, les yeux se referment sur un point invisible. C’est le bol à venir. Le dos se redresse, la colonne s’aligne, les bras se détendent et le pas se fait droit. Le chemin vers le pavillon se dessine.   Lorsqu’un grand évènement approche, ces sensations peuvent arriver plusieurs semaines en avance. Tout mon corps se tend. Il n’y a ni lieu pour la confiance, ni lieu pour le doute. La confiance est ennemi de la perfection, le doute est ennemi de l’action.   Tout ce qu’il reste à faire, c’est bander l’arc, le regard rivé sur la cible. Trop de tension et la flèche partira avant que ne commence le jeu. Pas assez et la main tremblera autant qu’une aiguille. Une cérémonie est affaire de saison. Quel plaisir trouver aux fraises si elles sont là même en été ? Accepter que les saisons passent, que des plaisirs différents nous viennent au cours de l’année, c’est un premier pas pour accepter notre condition mort...

Trois histoires de thé (3) — La dignité du marchand

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Les récits que je propose ici n’ont rien d’historique. Ce sont surtout des légendes décorées par mon imagination. Comme tout ce qui appartient au passé rêvé, elles ont pour elles la véracité qu’on leur donnera. Mais il est parfois si agréable que l’histoire puisse être vraie qu’il importe peu qu’elle le soit vraiment. Il est dit que dans le Japon des seigneurs de guerre, les marchands allaient de par la Chine et l’Inde pour ramener à leur maître armes et oeuvres. Leur seul rétribution était un peu d’or et beaucoup de mépris. Mais un jour, un commerçant qui était versé dans le Zen et le thé voulut recevoir le respect qui lui était dû. À cette fin, il fit construire un pavillon de thé bien particulier.   Lorsqu’un seigneur arrivait, il était accueilli par un jardin dénué de splendeur. Au fond, une petite construction l’attendait, chétive et rustique. À l’entrée, il lui était demandé de poser son sabre et de pénétrer par une petite porte carré où nul ne pouvait pass...

Trois histoires de thé (2) — Paradis Chinois

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Les récits que je propose ici n’ont rien d’historique. Ce sont surtout des légendes décorées par mon imagination. Comme tout ce qui appartient au passé rêvé, elles ont pour elles la véracité qu’on leur donnera. Mais il est parfois si agréable que l’histoire puisse être vraie qu’il importe peu qu’elle le soit vraiment. Le pavillon céleste Il est dit que dans des temps reculés, les lettrés chinois avaient pour coutume de se retrouver dans des pavillons reclus au fond de la montagne. Le chemin qui y mène est parfois bien difficile. Plusieurs heures de marche et de grands périls peuvent attendre le courageux lettré. Enfin, au détour d’un ravin ou d’un sous-bois de bambous, il découvre la cabane isolée qui a vu sur le lac ou le ciel. En entrant dans le pavillon, le lettré abandonne ses querelles politiques et personnelles. Le monde des hommes est mis de côté. Reste les coeurs francs et la pensée haute.   Les participants ont avec eux un grand pinceau en poil de ya...

Trois histoires de thé (1) — La drogue bouddhique

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Les récits que je propose ici n’ont rien d’historique. Ce sont surtout des légendes décorées par mon imagination. Comme tout ce qui appartient au passé rêvé, elles ont pour elles la véracité qu’on leur donnera. Mais il est parfois si agréable que l’histoire puisse être vraie qu’il importe peu qu’elle le soit vraiment. La drogue bouddhique Il est dit que Bodhidharma, père du bouddhisme zen, décida un jour de méditer face à un mur pendant neufs ans et cela sans dormir. Un jour cependant, ses paupières se firent si lourdes qu’il finit par les fermer. À son réveil, il s’en prit à lui-même et maudit sa faiblesse. Pour ne plus jamais refaire une telle erreur, il arracha ses paupières et les jeta au sol. Alors, du sol même jaillit la première pousse de thé. Les disciples de Bodhidharma en firent une boisson en écrasant les feuilles et la servirent au maître. Ainsi, jamais plus il n’eut à craindre que le sommeil le saisisse lors de ses méditations. Dans les temples chinois de ...

Essentiel n’est pas Japonais

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Notes avant le départ pour Awaji. Depuis au moins Napoléon III, sinon depuis les pères Jésuites, le Japon est un pays qui attire le regard occidental. C’est aussi un pays qui aime être regardé. Vous croiserez rarement un Allemand qui vous dit sans cesse, « ça, c’est très allemand ». Par contre, il y a toujours quelques Japonais (ou un amateur de « Japonité ») qui ne cessera de vous dire : « ça c’est très japonais, ça c’est le vrai Japon. » Pour tous ces fans du pays du soleil levant version manuel scolaire, il ne faut pas seulement apprendre le Japonais, il faut aussi apprendre le Japon . Le myth d’un Japon connaissable Dans Qu’appelle-t-on penser ? Martin Heiddeger écrivait :  «  Qu’est-ce qu’apprendre ? C’est faire, que ce que nous faisons et ne faisons pas soit l’écho de la révélation chaque fois de l’essentiel. Nous apprenons la pensée en prêtant attention à ce qui exige d’être gardé dans la pensée.  » En (très...

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